vendredi 5 juillet 2013

Youpi youpi, l'école est finie


Hier soir, je ne me suis pas endormie avant 5h30. J'ai lu le journal, tranquille, à poil sur mon lit, et j'ai vu le soleil se lever et entendu les premiers oiseaux gazouiller.
J'étais épuisée. 
Mais c'est pas grave, ce matin, je n'avais aucune obligation de me lever.
Je n'aurai pas non plus à me lever demain matin.
Ni aucun matin des soixante jours prochains.
Aaaaaah. Joie.
Tout va bien.


*****

Ca fait un moment que je ne fais plus cours. Les fins d'années, c'est toujours absurde. On est tenus de continuer à venir faire acte de présence alors qu'il n'y a plus d'élèves.
On arrive le matin la gueule enfarinée pour constater que trois pauvres élèves se battent en duel dans la cour, et on les engueule d'être là ("Mais qu'est ce que vous foutez là, enfin ? Rentrez chez vous !"). Mais rien à faire : ils s'amassent autour de toi en sautillant comme des petits suricates cocaïnomanes et tu essayes en vain de les calmer.
 

On est en tong, on veut pas bosser, on passe des heures sur les fauteuils de la salle des profs à boire des cafés et à lire des BDs (oui, le CDI a donc une utilité).
Six, sept élèves dans tout le collège. Y en a toujours un qui se dévoue pour les réunir dans une salle de classe et leur montrer Les Goonies en DVD.
Si t'as pas de DVD, tu les laisses jouer. Ils sont hystériques, ils dansent, ils distribuent des bonbons, ils dessinent sur le tableau, ils font des jeux de société.
Le dernier jour, pendant que je bouquinais et qu'ils faisaient des jeux, une de mes élèves a rampé sous mon bureau pour venir me chatouiller les pieds (??!!!). Je sens qu'il va y avoir du boulot pour réaffirmer mon autorité à la rentrée... 

Surtout que les mecs ne m'aident pas, dans la cour à côté de moi à me faire des câlins et à chanter du Hélène Ségara. Eux ils s'en foutent, ils restent pas. 

Hier soir, c'était la fête de fin d'année.
Moi : Non mais arrêtez ! Vous vous êtes pas en poste fixe, donc c'est ok, mais moi là si je picole trop je vais perdre toute crédibilité devant mes collègues !
Eloi 1er (amusé) : Bayane... Quelle crédibilité ? 

On est tous arrivés au coucher du soleil, et on a squatté la cour toute la nuit. Une cour d'école vide, revisitée, pleine de profs en tenue d'été, de bière, de punch et de saucisses grillées.
C'était le départ d'Alf, Carda, Flavio et Eloi 1er. Ils vont tellement me manquer.

Les fêtes dans la cour avec un vieux Barthe comme ampli.
Bienvenus dans l'Education Nationale.


Pour leur départ, ils ont eu un carnet de correspondance rempli de mots chacun .
"Alf vient en classe en boubou et pieds nus !! Il passe le plus clair de son temps à dormir sur les tapis de gym et utilise les raquettes de badminton à mauvais escient. PS : les balles de ping pong ne se mangent pas !!"
"Alf a un comportement inadmissible ! Il dort sur les canapés du CDI ! Ne sera plus admis au CDI l'année prochaine, à moins de se décider à se tenir - et à s'habiller - correctement".
"Votre sourire narquois frise l'insolence"
"Alf doit se recentrer ! En mathématiques, il faut apporter son matériel à chaque cours. Les préservatifs (pour quelle utilité ?), les bananes et les Granola n'en font pas partie"
"Votre fils Eloi tient des propos obscènes jour après jour et fait fi des rappels à l'ordre. Quand pouvons-nous nous rencontrer ?"
"Eloi 1er devra travailler son humour cet été pour améliorer ses jeux de mots laids"
"Carda vient en cours dans des tenues provocantes, cela doit cesser !"
"Votre fils Flavio est un agité du bocal, potentiellement révolutionnaire. Il sera retenu le jeudi 4 juillet en salle des professeurs de 18h à l'aube. Travail à faire : ramène à boire !"
"Votre fils Alf me trouve "bonne". Qu'en pensez-vous ?"
"Eloi 1er, si tu reviens, j'annule tout".


*****

Sinon, les gens, dans dix jours, j'aurai 32 ans.
Qui aurait cru qu'un jour, j'aurais 32 ans ?

 

BB est partie hier faire le tour du monde. Pour six mois. Elle aussi, elle va me manquer.
Dans six mois, elle va revenir toute bronzée, et pleine d'histoires à raconter.
Y a no way que je sois la même quand elle reviendra.
Quand je la rejoindrai à Bangkok pour le nouvel an, quand minuit sonnera, faudra que quelque chose ait changé. Des idées ?
Et pas forcément que je me sois trouvé un mec, hein. Les mecs c'est tout nul, d'abord.
Mad : J'ai envie de lui péter la gueule. Ca me fout la rage. Tu lui as rien demandé, t'étais peinarde et le mec il vient avec son petit sketch pour faire mumuse. Mais va te faire mettre ! Paie toi une psychanalyse et une pute et fais pas chier ! Connard.
(Nous sommes amour).

Alf : Le bon côté, c'est que quand, après dix ans de bons et loyaux services, j'ai été "remercié" (à peine arrivé, après avoir fait trente heures d'avion et de car pour la rejoindre au fin fond de l'Afrique), j'ai perdu 25 kilos ! Enfin c'était ça et la tourista : oui parce qu'en plus d'être gros et de m'être fait larguer après deux jours d'avion, j'ai passé une semaine au milieu de nulle part à agoniser aux chiottes, suant et hébété. Une période sympa pour mon égo, je ne vous dis que ça !
Moi : Pauvre amour...
Carda : Ah ça pour perdre du poids, il y a rien de tel que de se faire larguer.
Eloi 1er : D'ailleurs, à ce propos, Bayane, t'es super gaulée...
Moi : ...

Je vous laisse réfléchir à comment révolutionner ma vie, ok ?
Moi pendant ce temps-là je vais bronzer. 

Quand vous lirez ce post, dans quelques semaines, quelques mois, quelques années, que me sera t-il arrivé ?
"J'ai besoin que vous croyiez en moi.
 J'ai besoin de soutien, sur ce coup-là.
 J'ai besoin d'un gun.
 Mais j'oublie que nous ne vivons pas à la même époque, vous et moi, et que ceci vous est bel et bien révolu.
 Mon présent.
 Votre passé.
 Ma solitude spatio-temporelle me déconcerte"
(Corpus Christine, Max Monnehay)